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Journal Avec Nous – 1re édition, janvier 2015

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DANS CETTE ÉDITION…

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DES OFFRES ARROGANTES, MÉPRISANTES ET INSULTANTES


Les négociations sont bel et bien entamées. Le gouvernement a officiellement déposé ses « offres » pour le renouvellement des conventions collectives du secteur public, le 15 décembre dernier.

Sur le plan salarial, le gouvernement propose de geler les salaires de ses employés pour les deux prochaines années, puis de consentir des augmentations de 1 % pour chacune des trois années suivantes. À terme, le retard de la rémunération entre les employés du secteur public et les autres salariés québécois, actuellement à 7,6 %, s’en trouverait doublé.

Les attaques du gouvernement envers ses employés sont tout aussi brutales en ce qui a trait à leur régime de retraite. Le gouvernement voudrait, entre autres, repousser de 60 à 62 ans l’âge de la retraite sans réduction actuarielle, augmenter ce seuil en fonction de l’évolution de l’espérance de vie, réduire les rentes en augmentant de cinq à huit ans la période de calcul du salaire moyen et augmenter la réduction actuarielle pour retraite anticipée en la faisant passer de 4 % à 7,2 % par année.

Les travailleuses et les travailleurs des services publics ne doivent pas baisser les bras. Nos demandes sont légitimes et raisonnables : obtenir la parité salariale avec les autres travailleurs québécois.

La qualité de vie au travail est également une priorité. Les conditions se sont nettement dégradées au cours des dernières années. La pression est de plus en plus forte et les exigences de plus en plus élevées. Le privé prend davantage de place, quand il ne se substitue pas carrément au public. Il est temps de tracer une ligne et de signifier au gouvernement qu’assez, c’est assez !

La conciliation famille-travail-études s’affirme comme une priorité pour nos membres. Non seulement pour les 75 % des employés des services publics qui sont des femmes, mais aussi pour les nombreux pères. Le gouvernement doit en prendre acte et appuyer ses employés.

Le Conseil du trésor, obsédé par la réduction des dépenses, demeure muet sur l’ensemble de nos demandes pour l’amélioration des conditions de vie au travail.

Le Front commun a officiellement déposé ses demandes au Conseil du trésor le 30 octobre dernier. Au son des tambours, des milliers de travailleurs et de travailleuses ont accompagné l’équipe de négociateurs jusqu’aux portes du Conseil du trésor. L’énergie et l’enthousiasme étaient palpables. Ça augure bien pour la suite des choses. Et cette énergie sera nécessaire devant la volonté du gouvernement d’atteindre le déficit zéro sur le dos de ses propres employés. Notre campagne se poursuivra cet hiver.

Soyez à l’affût des invitations que vous lanceront vos représentants syndicaux. Notre mobilisation doit être à la hauteur du mépris affiché par le gouvernement Couillard.

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CASCADE DE COMPRESSIONS DANS L’ÉDUCATION


Tous les intervenants du milieu de l’éducation le confirment, les compressions sont non seulement dévastatrices, mais leurs effets se feront sentir pour longtemps. Sans lancer la pierre aux administrations locales coincées entre l’arbre et l’écorce, ils pointent plutôt du doigt les commandes impossibles qui « viennent d’en haut ». Entrevue avec du vrai monde.

Marie-Claude Lauzon est enseignante à l’École secondaire de Chambly : « Au cours des 15 dernières années, j’ai vu mes classes se modifier par l’augmentation des élèves en difficulté d’adaptation et d’apprentissage. À l’époque, il y avait des classes spéciales, mais la commission scolaire en a fermé certaines et les élèves se retrouvent dans les classes ordinaires. Dans un groupe de 32 élèves, 18 d’entre eux ont une difficulté quelconque, soit la dyslexie, la dyspraxie ou autre. »

« Le simple geste de placer les élèves en examen prend maintenant une quinzaine de minutes, nous confie-t-elle, certains quittent la classe, quelques-uns doivent se faire lire les questions oralement pendant que les autres attendent de recevoir leur copie. Je suis en faveur de l’intégration en classe ordinaire des élèves ayant des difficultés d’apprentissage, mais une aide supplémentaire est nécessaire afin d’aider tous les élèves du groupe. »

Guillaume Bégin est formel. « Les services directs aux élèves sont touchés. Prétendre le contraire, c’est vivre sur une autre planète », affirme celui qui travaille comme professionnel dans les trois commissions scolaires de Laval-Rive-Nord. « Les professionnels — des orthopédagogues, des psychologues, des conseillers d’orientation — travaillent directement avec les élèves. Ils sont souvent appelés à desservir des élèves dans six à huit écoles différentes, dans une même semaine.  Plus on coupe dans nos services, plus le nombre d’établissements desservis par un même professionnel augmente. »


 « Un élève privé des services d’un psychologue aujourd’hui, c’est peut-être un plus gros problème qu’on aura demain. »


« Ce que je déplore le plus, ajoute Guillaume Bégin, c’est qu’il n’y a aucune vision à long terme. Année après année, on vogue de compression en compression, sans prendre la mesure du prix qu’il faudrait payer. Un élève privé des services d’un psychologue aujourd’hui, c’est peut-être un plus gros problème qu’on aura demain. »

« Dans les services de garde, les compressions budgétaires vécues depuis quelques années se traduisent par du travail supplémentaire pour les techniciennes et pour les éducatrices », témoigne Carole Thiffeault, technicienne en service de garde à l’école Ludger-Duvernay. « Elles doivent composer avec des budgets de plus en plus réduits, sans causer de déficit. »

« Les compressions budgétaires aux commissions scolaires sont “partagées” avec les services de garde, ce qui oblige des sacrifices qui affectent la qualité des services, poursuit-elle. Pour les éducatrices, cela signifie des coupes dans le temps de planification des activités. Plusieurs en sont rendues à seulement une heure de temps de planification par semaine, ce qui est ridicule quand on songe au temps que les enfants passent en service de garde. »

Biologiste au Collège de Maisonneuve, Éric Gascon explique les impacts des abolitions de postes. « Les tâches des postes abolis se voient redistribuées au personnel encore en place. Les tâches s’accumulent et elles deviennent si nombreuses qu’au quotidien, personne n’est en mesure de déterminer ce qui est urgent et ce qui ne l’est pas. »

Surcharges

Pour Yvan Bilodeau, ouvrier certifié à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, les compressions se font sentir au quotidien : « L’an dernier, il y avait un ouvrier par polyvalente pour répondre à environ cinquante demandes de réparation. Depuis la rentrée scolaire 2014, il y a un ouvrier pour deux écoles. Comme il y a surcharge de travail dans les petites écoles, au lieu d’embaucher pour répondre à la demande, on surcharge les ouvriers en poste. »

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Pierre Degray est concierge et travaille pour la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Il explique que « les écoles ont bien changé. Là où il y avait 10 élèves en service de garde il y a 20 ans, il y en a 150 aujourd’hui. Le temps d’utilisation de l’école s’est allongé considérablement au fil des ans. L’horaire du concierge est minuté serré. C’est devenu tellement dur qu’il n’est pas rare qu’une nouvelle recrue abandonne après le premier soir, tellement c’est débile, raconte-t-il. Et je ne vous ai pas encore parlé des toits et des fenêtres qui coulent… »

 Isolement

« Le territoire de notre commission scolaire est très vaste, explique Sonia Joncas, conseillère pédagogique à la Commission scolaire des Chic-Chocs. Il n’est pas rare de faire 3 heures de route pour se rendre d’une école à l’autre. Trimballer notre ordinateur portable, nos dossiers, sans bureau pour travailler, on ressemble parfois à des voyageurs de commerce. De plus, nous devons aussi accompagner certaines écoles de façon plus serrée pour l’enseignement, l’évaluation, les outils d’aide aux élèves, les plans d’intervention, etc. Aujourd’hui, on ne nous offre plus aucune formation, sinon des rencontres d’information tenues en marge de congrès et de colloques divers. »

« Nous nous sentons souvent seuls dans notre travail, avec peu de soutien pour le faire. Nous devons nous soutenir entre nous, ajoute Sonia Joncas. Mais le sentiment d’efficacité personnelle est parfois malmené. Les besoins des personnes que l’on accompagne sont de plus en plus pointus et nombreux, mais nous avons de moins en moins de soutien. Comment faut-il voir l’importance que le Ministère donne à notre rôle dans ce contexte ? »

AVEC NOUS POUR LUTTER CONTRE LA PRIVATISATION


La privatisation et la marchandisation de nos services publics sont à l’œuvre depuis de nombreuses années. Cela prend diverses formes. Dans certains établissements, c’est la sous-traitance de services, le recours à la main-d’œuvre indépendante ou l’adoption de modèles de gestion propre à l’entreprise privée. Ailleurs, c’est la diminution ou la suppression pure et simple de l’offre de services que les citoyens doivent se payer eux-mêmes au secteur privé. On peut également penser aux partenariats public-privé. Dans le cas des hôpitaux universitaires montréalais, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) estime qu’il nous en coûtera, collectivement, jusqu’à 4 milliards de plus, à cause de la formule PPP. C’est 600 millions de plus que le coût net des demandes monétaires du Front commun au grand complet !

Clients comme les autres

La privatisation nous coûte cher. Elle entraîne aussi une perte d’expertise dans nos réseaux publics. Petit à petit, ils se trouvent à la merci de firmes et de consultants externes pour qui nos établissements sont vus comme des clients comme les autres. Ces consultants n’ont aucun sentiment d’appartenance aux réseaux. Pour eux, les services publics sont une vache à lait, pas un droit fondamental ! La transparence et la reddition de comptes en prennent également pour leur rhume avec les privatisations, comme si nous n’avions rien appris des scandales récents.

Pourtant, dans la grande majorité des cas, des solutions publiques, crédibles et efficaces auraient dû être évaluées. C’est pourquoi le Front commun entend profiter de ces négociations pour remettre les services publics au premier plan. Les syndicats sont d’avis que si les établissements publics font preuve de transparence et qu’ils étudient sérieusement les options publiques, celles-ci s’imposeront le plus souvent.

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Un contexte d’austérité

Cette lutte à la privatisation est d’autant plus nécessaire dans le contexte actuel. Le train de compressions budgétaires imposées par le gouvernement fait très mal. Plusieurs services actuellement offerts dans le public sont ou seront délaissés. Par ailleurs, le gouvernement a présenté récemment deux projets de loi inquiétants.

Le projet de loi 15 vise à donner au président du Conseil du trésor la capacité de « microgérer » toute embauche et tout mouvement de personnel dans l’ensemble des secteurs public et parapublic. Son objectif est de réduire les effectifs et il y a fort à craindre qu’un des moyens qu’il pourrait prendre soit d’en confier davantage au privé.

Quant au projet de loi 10, du Dr Barrette, il reconfigurerait tous les établissements en une seule mégastructure par région, chargée de centraliser la gestion de tous les services dans une région donnée. On crée ainsi des marchés alléchants pour le privé. D’ailleurs, la Fédération des chambres de commerce est l’une des seules voix qui ont appuyé le projet de loi 10, alors que la presque totalité des intervenants du réseau le rejette. Les risques de dérapage sont bien réels, d’autant plus que le ministre aura le pouvoir de nommer toutes les personnes clés des nouvelles structures et qu’il se réserve même le droit d’imposer à un établissement donné la conclusion d’un contrat avec un tiers. Bonjour le copinage et les « post-its » !

CRDITED DE LAVAL : DES COUPES RÉELLES QUI TOUCHENT LES PERSONNES VULNÉRABLES


Partout, dans toutes les régions du Québec, on parle de coupes dans les services de santé et dans les services sociaux. Évidemment, l’attention de la population et des médias est tournée vers les services qui apparaissent les plus critiques, comme les urgences ou les chirurgies.

Malheureusement, les coupes font mal particulièrement chez les clientèles les plus vulnérables et le plus souvent silencieuses. À Laval, c’est le cas dans les services pour les personnes vivant avec des incapacités intellectuelles ou présentant un trouble du spectre de l’autisme et qui reçoivent des services du CRDITED de Laval.

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Les travailleuses et les travailleurs du CRDITED sont très critiques face aux choix de la direction du CRDITED. Chantal Coursol, éducatrice spécialisée, raconte que « tout a commencé avec leur intention de réduire les heures régulières de travail des éducatrices et des éducateurs spécialisés en réadaptation. Heureusement, la convention collective ne le permet pas ; nous nous y sommes donc fermement opposés. Mais l’employeur s’est entêté et il a coupé 3,75 heures par semaine sur tous les postes qui sont en remplacement. Au final, les familles sont pénalisées parce que nos membres ont moins de temps pour accomplir les mêmes tâches. »

Impacts réels

« Si au moins ils s’étaient arrêtés là ! En plus de ne pas remplacer les absences de personnel dans toutes les catégories et dans tous les services, deux postes ont été abolis, soit un dans le service d’intégration des personnes au travail et un dans le service “ intensité minimale ”. Au final, nous sommes en réduction de service et les listes d’attente ne diminuent jamais. Il y a belle lurette que nous ne sommes plus en mesure de respecter les normes établies par le ministère ; c’est carrément impossible à cause des coupes de personnel », ajoute sa collègue Lise Chadillon, édu­catrice spécialisée.

Pourtant, l’établissement continue de clamer que ces coupes n’ont pas d’impact sur la clientèle, ce qui est complètement faux, répondent en chœur les travailleurs rencontrés.

D’autres coupes sont plus pernicieuses. On a ainsi aboli un poste d’agente administrative qui assurait l’accueil et la réception au siège social pour la remplacer… par un téléphone accompagné de directives écrites.

Sans impact ?

Selon Lise Hénault, spécialiste en procédés administratifs, « nous travaillons avec des clientèles aux prises avec des déficiences intellectuelles et personne n’est disponible pour les accueillir quand elles se présentent à l’établissement. Imaginez les difficultés auxquelles elles sont confrontées pour se retrouver et réussir à rejoindre quelqu’un qui les laissera entrer dans l’édifice. Mais le gouvernement préfère croire les gestionnaires qui leur disent que toutes ces coupes n’ont pas d’impact sur les personnes ».

La grande inquiétude des exécutifs syndicaux ? Le nivellement par le bas… « On est en train de définir un nouveau niveau de services qui équivaut à faire de notre mieux avec le moins de ressources possible. C’est triste pour notre clientèle et leurs familles ! », ont conclu Josée Aubry, infirmière auxiliaire, et Lucie Morin, assistante en réadaptation.

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ÉDITORIAL : LE MÉPRIS


 Malgré tous les signes d’austérité que le gouvernement libéral nous envoie depuis son élection, on ne s’attendait quand même pas à un tel mépris de sa part envers ses propres employés.

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Un gel salarial de deux ans. Un gros 3 % d’augmentation sur cinq ans. Une telle offre ferait doubler le retard de la rémunération des employés des services publics envers les autres travailleurs québécois, un écart qui frise déjà les 8 %. Un éditorial du Devoir mentionnait que le gouvernement désirait « revenir un demi-siècle en arrière, à cette époque bénie où les tâches de garde-malade et de maîtresse d’école étaient des vocations pour les femmes élues pour servir le Seigneur avec promesse de récompense après la mort. » Nous n’aurions pas pu mieux dire.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, multiplie également les attaques brutales envers notre régime de retraite, même si celui-ci est en bonne santé financière et pleinement capitalisé. Il entend prolonger la durée de vie au travail, doubler la réduction actuarielle pour les retraites anticipées et diminuer les rentes en allongeant la période de calcul du salaire moyen de cinq à huit ans. De véritables mesures de détention de personnel !

Double part

Obsédé par sa quête d’atteindre le déficit zéro le plus rapidement possible, obstiné à ne jamais vouloir regarder la colonne des revenus, insensible à la réalité de la classe moyenne, le gouvernement Couillard étend ainsi ses politiques d’austérité à l’ensemble du personnel du secteur public.

« Chacun doit faire sa part », répètent Martin Coiteux et sa bande. Nous pourrions en convenir. Mais l’effort demandé aux employés de l’État est double, voire triple. En tant que contribuables, nous subissons tout autant que nos concitoyens les hausses de tarifs imposées par Québec et les coupes de services à la population. En tant que travailleurs, nous sommes les premiers à essuyer les effets des compressions budgétaires appliquées au réseau de la santé et des services sociaux, de l’éducation et des organismes gouvernementaux, particulièrement en regard de notre charge de travail. Mais les autres travailleurs québécois n’ont pas à souffrir d’un gel salarial, alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter. De la sorte, le gouvernement applique un impôt déguisé à un travailleur québécois sur six : ses propres employés.

Nous ne répéterons jamais assez qu’en agissant ainsi, le gouvernement Couillard s’en prend directement aux femmes de la classe moyenne. En effet, 75 % des emplois des services publics sont occupés par des femmes. Plutôt que de gérer les finances publiques en allant chercher l’argent là où il est, chez les entreprises et les mieux nantis qui ne cessent de voir leur fardeau fiscal être allégé, Philippe Couillard et le boys’ club du Parti libéral s’en prennent aux femmes du Québec qui ont fait le choix de contribuer au mieux-être de notre société. Mais quel courage politique !

À écouter les tribunes téléphoniques et à lire les courriers de lecteurs dans la presse écrite, nous ne sommes pas surpris de voir à quel point les travailleuses et les travailleurs du secteur public ont reçu les offres patronales comme une gifle au visage. Pas surpris non plus de voir les gens se précipiter à leur local syndical pour s’informer des avantages à prendre sa retraite plus tôt que prévu. Le gouvernement aurait voulu provoquer cet exode massif que nous craignons qu’il n’aurait pas agi autrement.

En gelant nos salaires, en freinant la consommation dans l’ensemble des régions du Québec, en voulant démanteler l’État québécois, le gouvernement libéral risque d’entraîner le Québec tout droit en récession. Jamais le Parti libéral n’a annoncé ses véritables intentions lors de la dernière campagne électorale.

Notre indignation doit maintenant être canalisée afin d’arrêter ce gouvernement. Déjà, la mobilisation fut au rendez-vous à l’automne : le 29 novembre, plus de 125 000 personnes ont marché dans les rues de Québec et de Montréal pour manifester contre les politiques d’austérité.

Les semaines et les mois à venir seront déterminants et c’est ensemble que nous devons mener cette lutte. Rappelons que les négociations ne font que commencer. Nous serons de toutes les tribunes et présents sur le terrain pour livrer la bataille avec les 400 000 membres du Front commun, afin d’obtenir de bonnes conditions de travail et de maintenir les services publics qui font la fierté du Québec.

Carolle Dubé, porte-parole du SISP

Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN

Daniel Boyer, président de la FTQ

LES EMPLOYÉS DU SECTEUR PUBLIC, UNE FORCE ÉCONOMIQUE

— Ianik Marcil, économiste indépendant 


L’idéologie dominante véhiculée par certains médias et partis politiques ressasse sans cesse la même rengaine : les travailleuses et les travailleurs du secteur public sont privilégiés par rapport à celles et ceux du secteur privé. Ils ont de meilleurs salaires, bénéficient d’une sécurité d’emploi et de fonds de pension généreux. Il est urgent de remettre les pendules à l’heure.

Non seulement cela est en grande partie faux, mais il s’agit d’un discours qui pervertit la vision politique que nous devrions avoir collectivement du rôle de l’État.

Il importe d’entrée de jeu de répéter que l’écart entre les secteurs public et privé est bel et bien réel… en défaveur du public. La rémunération moyenne des employés du public est de 7,6 % inférieure à celle des autres travailleurs québécois et, puisque cet écart se maintient, l’effet cumulatif n’en est que plus désavantageux pour les premiers, avec le temps. D’autre part, il est faux de prétendre que les travailleuses et les travailleurs jouissent tous de la sécurité d’emploi : moins de la moitié d’entre eux (48 %) bénéficient du statut régulier à temps plein et plus du tiers (35 %) vivent en situation d’emploi précaire.

Mais bien plus, il est néces­saire de renverser un argument fallacieux qui est sous-entendu dans ces préjugés. Même si le secteur public jouissait d’une rémunération plus élevée que le privé et d’une pleine sécurité d’emploi, cela serait justement une raison suffisante pour défendre de meilleures conditions pour l’ensemble des travailleuses et des travailleurs du Québec. Soutenir que les employés du secteur public devraient être pénalisés parce qu’ils bénéficient de meilleures conditions que ce qu’on retrouve dans le privé, c’est souhaiter un nivellement par le bas.

Qui plus est, puisque les prétentions de ce discours dominant sont fausses, il est légitime de revendiquer un rattrapage salarial pour le secteur public par rapport aux autres secteurs québécois. Il s’agit là d’un premier argument en sa faveur : le principe d’équité, puisque tout travail équivalent mérite une rémunération équivalente.

Effet d’entraînement

Un deuxième argument en faveur des revendications des travailleuses et des travailleurs du secteur public est que de meilleures conditions de rémunération et de sécurité d’emploi provoqueraient un effet d’entraînement, « tireraient vers le haut » les conditions de l’ensemble du marché du travail québécois. Cela constitue un effet indirect bénéfique pour toute l’économie québécoise, fréquemment défendu. De surcroit, il existe également des impacts économiques bénéfiques directs dont on ne parle pas suffisamment, selon moi. La combinaison d’une rémunération de qualité et d’une sécurité d’emploi importante constitue, à mes yeux, ce que les économistes appellent un stabilisateur macroéconomique.

En effet, en cas de ralentissement ou de crise économique, les travailleuses et les travailleurs qui bénéficient d’une plus grande stabilité dans leur vie professionnelle courent moins de risque que la moyenne de perdre leur emploi ou de voir leur revenu diminuer de façon draconienne. Ce faisant, leur consommation et leur épargne ne se modifieront sensiblement pas dans ces situations. La masse que constituent les centaines de milliers de travailleuses et de travailleurs du secteur public solidifie, de cette manière, l’ensemble de l’économie du Québec en cas de crise. On pourrait avancer le même argument en ce qui a trait aux régimes de retraite : des régimes de qualité permettront aux retraités de conserver un meilleur niveau de vie, et donc de consommation, bénéficiant ainsi à l’ensemble de l’économie.

Un troisième et dernier argument en faveur de meilleures conditions de travail pour les employés du secteur public est que leur travail contribue à l’enrichissement collectif. Une population mieux éduquée, en meilleure santé et bénéficiant d’infrastructures publiques de qualité favorise l’innovation, la productivité et la sacro-sainte création de richesse, si chère à l’idéologie dominante.

Une question d’équité

La notion d’équité doit être défendue bec et ongles par les travailleuses et les travailleurs du secteur public, pour des raisons morales. La défense des institutions de l’État et des programmes publics me paraît plus que jamais nécessaire comme rempart aux dérives d’un capitalisme débridé. Mais ces trois arguments économiques se doivent également d’être mis de l’avant, pour des raisons stratégiques.

En effet, le discours des politiques de rigueur budgétaire, dites d’« austérité », a été si bien intériorisé dans presque toutes les couches de la population que de tenter de le contrer uniquement par un argumentaire basé sur des thèses relevant de l’équité ou de la vision politique me semble insuffisant. Il me semble nécessaire de combattre ce discours sur son propre terrain, à savoir l’efficacité, la rentabilité, la création de richesse et le développement économique. Les trois arguments que j’esquisse ici pourraient permettre de faire évoluer l’opinion publique et de renverser la vapeur sur la mauvaise perception qui traverse le débat public sur ces questions depuis trop longtemps. Il est possible de défendre l’idée selon laquelle les employés du secteur public constituent une force économique positive pour le Québec, sans trahir les idéaux d’équité et de justice sociale, bien au contraire.

PLUS DE PRIVÉ, MOINS D’EXPERTISE PUBLIQUE


Depuis l’introduction, il y a une vingtaine d’années, des pratiques néolibérales dans l’administration publique, la privatisation de la fonction publique québécoise s’est accélérée au grand détriment des citoyennes et des citoyens ainsi que des finances publiques. Dans presque tous les domaines, le gouvernement du Québec laisse partir, depuis des années, du personnel hautement qualifié au profit du secteur privé qui offre des conditions et des salaires plus alléchants.

Pendant que l’État se déleste de son personnel, la sous-traitance
des services publics connaît un bond fulgurant dans les dépenses de l’État québécois. Pour l’année 2011, la valeur totale des contrats publics représentait près de 30 milliards de dollars, soit presque l’équivalent des dépenses en santé. De plus, la valeur des contrats de services professionnels et techniques accordés par les ministères et les organismes a augmenté de 126 %, entre 2003 et 2009.

À double prix

En matière de saine gestion des finances publiques, il n’est pas toujours économique pour le gouvernement de transiger avec les entreprises privées. Par exemple, dans le domaine informatique, le Vérificateur général du Québec, dans son rapport déposé en 2011, soulevait les coûts anormalement élevés liés aux ressources informatiques externes. Dans ce domaine précis, les coûts du personnel de la fonction publique varient de 215 $ à 475 $ par jour, alors que ceux d’une ressource externe se situent entre 400 $ et 950 $ par jour. L’enjeu monétaire est d’autant plus important que plusieurs services informatiques sont récurrents, comme le soutien aux usagers.

Copinage et collusion

Un autre exemple probant, c’est la perte d’expertise au ministère des Transports qui est la cause de la corruption dans le domaine de la construction, comme l’ont mis en lumière le rapport Duchesneau et la Commission Charbonneau. Non seulement les firmes privées réalisent les travaux de construction et d’inspection, mais elles se partagent aussi la responsabilité de la surveillance des chantiers. Pendant que le ministère des Transports du Québec est dépouillé de ses budgets d’exploitation et de son personnel, ce sont les firmes privées qui réalisent les travaux de construction et d’inspection et qui se partagent la responsabilité de la surveillance des chantiers. Il en va de même pour la gestion des services informatiques dans l’appareil gouvernemental. Le nombre réduit d’entreprises qui répondent aux appels d’offres et l’absence d’expertise interne rendent le gouvernement vulnérable et captif. Ainsi, le délestage des services publics au profit du privé et la perte d’expertise dans les ministères ont fait de l’État représentant le bien commun un État au service des intérêts particuliers.

Un rapport d’enquête de la Commission de la fonction publique du Québec révèle l’ampleur de l’intrusion du privé. Les consultants et le personnel d’entreprises figurent dans les organigrammes officiels des ministères comme étant des membres de l’organisation et possèdent tous une adresse courriel gouvernementale. Non seulement ces personnes occupent des emplois qui auraient dû être pourvus par du personnel de la fonction publique, mais elles bénéficient de règles d’embauche et de conditions de travail différentes, en plus de relever directement des gestionnaires des ministères et organismes. On crée ainsi deux classes de travailleurs dans la fonction publique. Le recours à la sous-traitance en informatique est une conséquence directe de la politique de non-remplacement d’une personne sur deux qui quitte son emploi pour prendre sa retraite, des gels d’embauche successifs et de l’incapacité à recruter du personnel payé à salaire concurrentiel par rapport au secteur privé.

Bien commun

Le personnel de la fonction publique et parapublique est un incontournable pour faire respecter les lois, administrer les programmes et mettre en place des projets qui améliorent la qualité de vie des citoyennes et des citoyens. En sabrant indéfiniment l’appareil gouvernemental, nos politiciens permettent à l’entreprise privée de récupérer les services publics dans une logique de rentabilité. Il est temps de reconstruire notre État social afin que la notion de bien commun revienne au centre de notre vie collective.

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